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  "text": "« Celeste, il y a quelqu’un qui voudrait te voir », annonça sa mère.\nCeleste leva le nez. Installée sur le canapé entre ses deux fils qui regardaient un dessin animé, elle n’avait aucune envie de bouger. Les garçons qui se laissaient aller contre son corps lui apportaient réconfort et chaleur.\nElle ne savait pas ce qu’ils avaient compris. Quand elle leur avait parlé de leur père, ils avaient pleuré mais peut-être était-ce parce que ce matin, ils n’iraient pas à la pêche dans la piscine naturelle laissée par la marée contrairement à ce que Perry leur avait promis.\n« Pourquoi il a pas volé, papa ? avait chuchoté Josh. Quand il est tombé du balcon ? Pourquoi il a pas volé ?\n– Je savais, moi, qu’il savait pas voler, avait commenté Max avec amertume. Je savais que c’était même pas vrai. »\nElle se doutait que pour le moment, ils étaient sous le choc comme elle et que seules les couleurs vives et dansantes des personnages de leur dessin animé leur semblaient réelles.\n« Pas un autre journaliste, hein ?\n– Une certaine Bonnie. Elle dit que sa fille est à l’école avec les garçons et qu’elle voudrait juste te parler un instant. Apparemment c’est important. Elle a apporté ça. Des lasagnes végétariennes. Drôle de façon de faire des lasagnes, si tu veux mon avis. »\nCeleste se redressa, soulevant doucement les garçons avant de les laisser retomber sur le canapé. Ils émirent des petits murmures de protestation sans pour autant quitter l’écran des yeux.\nBonnie l’attendait dans le salon, immobile face à l’océan, sa longue tresse blonde qui descendait au milieu de son dos très droit. Celeste l’observa un moment depuis le seuil de la porte. La femme responsable de la mort de son mari.\nBonnie se retourna et sourit tristement.\nTeint lumineux, visage placide. Impossible de se la représenter en train de crier. Encore moins de jurer. On voit ! On voit, bordel !\n« Celeste.\n– Merci pour les lasagnes », répondit-elle, le plus sincèrement du monde. La maison serait bientôt pleine d’oncles, tantes et autres cousins en deuil.\n« Eh bien, c’est le moins que je… » Le sourire de Bonnie disparut. « Le mot “désolée” est loin de suffire après ce que j’ai fait, mais j’avais besoin de venir ici pour le dire.\n– C’était un accident, répondit Celeste dans un souffle. Vous n’aviez pas l’intention de le faire tomber.\n– Vos petits garçons… comment prennent-ils…\n– Je crois qu’ils ne saisissent pas vraiment pour l’instant.\n– Non. C’est normal. » Bonnie expira longuement. « On m’attend au commissariat. Je vais faire ma déposition, leur raconter exactement comment ça s’est passé. Vous n’avez pas à mentir pour moi.\n– Je leur ai déjà dit hier soir que je n’ai pas vu…\n– Quand ils reviendront vers vous pour prendre votre déposition officielle, dites-leur simplement la vérité », interrompit Bonnie en levant la main. Elle prit une longue inspiration, puis : « Je comptais mentir. J’ai beaucoup d’expérience en la matière, à vrai dire. Je suis une bonne menteuse. Quand j’étais gosse, je mentais tout le temps. À la police. Aux services sociaux. J’avais de gros secrets à cacher. J’ai même laissé une journaliste m’interviewer ce matin, et ça allait, mais ensuite, je ne sais pas. Je suis allée chez ma mère pour récupérer ma petite fille, et au moment de franchir le pas de la porte, je me suis rappelée la dernière fois où j’ai vu mon père frapper ma mère. J’avais vingt ans. Une adulte. J’étais chez eux en visite. Ça a commencé comme d’habitude. Maman a fait quelque chose qui ne lui plaisait pas. Je n’arrive pas à me souvenir quoi. Elle ne lui avait pas servi assez de sauce ? N’avait pas ri de la bonne façon ? Bref, vous voyez.\n– En effet », répondit Celeste d’une voix rauque. Elle posa la main sur le canapé où Perry lui avait enfoncé la tête voilà quelque temps.\n« Et vous savez ce que j’ai fait ? J’ai couru dans ma chambre de môme et je me suis réfugiée sous le lit. » Bonnie laissa échapper un petit rire d’incrédulité teinté d’amertume. « Parce que ma sœur et moi, c’est ce qu’on faisait toujours. Je n’ai même pas réfléchi. J’ai couru, point. Je suis restée allongée sur le ventre, le nez sur cette vieille moquette verte à poils longs, le cœur battant, en attendant que ça s’arrête, et puis d’un coup, je me suis dit : Mon Dieu, qu’est-ce que je suis en train de faire ? Je suis une adulte et je me planque sous le lit. Alors je suis sortie et j’ai appelé la police. »\nElle ramena sa longue tresse sur son épaule et resserra son élastique. « Je ne me cache plus sous les lits aujourd’hui. Je ne garde plus de secrets, et je ne veux pas qu’on en garde pour moi. »\nElle esquissa un sourire en faisant glisser sa natte dans son dos. « De toute façon, la vérité se saura forcément. Madeline et Renata arriveront à mentir à la police, mais Ed, certainement pas. Même chose pour Jane. Et probablement même pour mon pauvre mari. Si ça se trouve, il sera encore plus mauvais que les autres.\n– J’aurais menti pour vous. J’ai l’habitude.\n– Je n’en doute pas. Je parie même que vous mentez comme personne, vous aussi. » Elle s’approcha de Celeste et posa la main sur son bras. « Mais maintenant, ce n’est plus la peine. »",
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