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  "text": "Si Perry avait mesuré quelques centimètres de moins.\nSi la balustrade du balcon avait été un peu plus haute.\nSi le tabouret avait eu une position légèrement différente.\nSi le temps avait été plus clément.\nS’il n’avait pas bu.\nPar la suite, Madeline n’avait cessé de penser aux mille détails qui auraient peut-être donné lieu à un dénouement différent.\nCeleste connaissait bien l’expression qui s’était dessinée sur le visage de Perry à l’instant où Bonnie s’était mise à lui crier dessus. Il arborait le même air légèrement amusé lorsqu’elle s’emportait contre lui. Ça lui plaisait de voir une femme s’énerver, réagir. Il trouvait ça charmant.\nElle le vit essayer de s’agripper à la balustrade. En vain.\nIl culbuta en arrière, les jambes en l’air, comme lorsqu’il chahutait sur le lit avec les garçons.\nLa seconde suivante, il avait disparu sans un bruit.\nÀ sa place, un vide.\nChoquée, Jane comprit ce qui s’était passé avec un temps de retard. Au même instant, elle prit conscience du vacarme qui avait éclaté à l’intérieur : cris, claquements, bruits sourds.\n« Nom de Dieu ! » Les mains serrées sur la balustrade, Ed se pencha par-dessus, scrutant l’obscurité en contrebas. Sa cape dorée se déployait derrière lui telles des ailes ridicules.\nRecroquevillée sur elle-même au ras du sol, les mains crispées sur la nuque, Bonnie semblait attendre une explosion.\nDans tous ses états, Nathan faisait une petite danse autour de sa femme. « Non, non, non, non. » Il se baissait pour lui toucher le dos, puis se redressait, enserrant ses tempes de ses deux mains.\nEd se retourna. « Je vais voir s’il est…\n– Ed ! » Les bras le long du corps, Renata n’essayait plus de téléphoner. L’éclairage du balcon se reflétait sur ses lunettes.\n« Appelez une ambulance ! aboya Ed.\n– Oui, répondit-elle. Je le fais. Je vais le faire. Mais, euh… je n’ai pas vu ce qui s’est passé. Je ne l’ai pas vu tomber.\n– Quoi ? » s’étrangla Ed.\nToujours à genoux près de Celeste, Madeline leva les yeux vers son ex-mari comme si Ed était invisible. Les cheveux collés sur le front, Nathan lui lança un regard affolé, implorant. Elle se retourna vers Celeste, qui fixait d’un air catatonique l’endroit laissé vide par son mari.\n« Je crois que je n’ai pas vu non plus.\n– Madeline », dit Ed. Il tira violemment sur son déguisement, maculant ses mains de paillettes. « Ne fais pas…\n– J’étais dos au balcon », répondit Madeline, d’une voix plus forte. Elle se mit sur ses jambes, tenant sa minuscule pochette devant elle, le dos droit, le menton levé, telle une dame qui fait son entrée au bal. « Je regardais à l’intérieur. Je n’ai pas vu la scène. »\nJane se racla la gorge.\nElle repensa à la phrase de Saxon. Perry, plutôt. « Ça ne voulait rien dire pour moi. » Elle regarda Bonnie, tapie près d’un tabouret renversé. Sa colère, telle de la lave en fusion, commença à se figer en un bloc dur et puissant.\n« Moi non plus, dit-elle. Je n’ai rien vu.\n– Vous arrêtez ! dit Ed en lançant un regard à Jane puis à sa femme. Toutes autant que vous êtes, vous arrêtez. »\nS’appuyant sur Madeline, Celeste se releva avec grâce. Elle lissa sa robe, posa la main sur son visage à l’endroit où Perry l’avait frappée. Elle regarda un moment la boule que formait Bonnie sur le sol.\n« Je n’ai rien vu », dit-elle, presque comme si elle parlait de la pluie et du beau temps.\n« Celeste. » Ed se décomposa, l’image même de l’épouvante. Il se prit la tête entre les mains avant de les laisser retomber, laissant son front couvert de paillettes d’or.\nCeleste fit quelques pas, s’appuya sur la balustrade puis, se tournant vers Renata : « Appelez l’ambulance, maintenant. »\nElle se mit à crier.\nAprès toutes ces années passées à simuler, ce ne fut pas compliqué. Celeste jouait la comédie comme personne.\nMais ensuite, elle pensa à ses enfants. Faire semblant ne fut plus nécessaire.\n*\nSTU : À ce stade de la soirée, tout le monde était déchaîné. Deux types se battaient à propos d’une petite Française, et puis sans prévenir, l’autre avorton me rentre dans le lard parce que j’avais dit que sa femme était la reine des culs serrés. J’avais offensé Madame, une histoire d’honneur, un truc dans ce goût-là. Franchement, ça va, j’ai dit ça pour rire.\nTHEA : C’est vrai que la discussion sur les tests de niveau s’est un peu échauffée. Mais moi, j’ai quatre enfants, alors je sais de quoi je parle.\nHARPER : Thea criait comme un putois.\nJONATHAN : J’étais avec des parents dont les enfants sont en CM1. On parlait de cette satanée pétition. Est-ce que c’était une démarche légale, et même morale ? Le ton est monté. Et on s’est peut-être un peu bousculés. Ce dont je ne suis pas très fier, vous pouvez me croire.\nJACKIE : Moi, mon rayon, c’est le rachat de sociétés. Et je ne fais pas dans la dentelle. Pour le reste…\nGABRIELLE : À ce moment-là, je n’excluais plus totalement l’anthropophagie. Carol me semblait délicieuse.\nCAROL : Je nettoyais la cuisine quand j’ai entendu un cri épouvantable, à vous glacer le sang.\nSAMANTHA : Ed a foncé vers les escaliers en hurlant que Perry White était tombé par-dessus le balcon. J’ai regardé en direction de la baie vitrée, et là, j’ai vu deux pères au corps à corps s’écraser sur le sol du balcon.\n*\n« Il y a eu un accident. » Renata parlait au téléphone, un doigt enfoncé dans l’oreille. Celeste ne cessait de hurler. « Un homme est tombé. D’un balcon. »\nMadeline tira Jane à elle. « C’était lui ? demanda-t-elle. C’était Perry, l’homme… »\nLes yeux rivés au rouge à lèvres rose qui soulignait parfaitement l’arc de Cupidon de Madeline, Jane demanda : « Tu crois qu’il est… »\nJane ne termina jamais sa phrase : deux clones du King en combinaison blanche satinée qui s’étreignaient dans un corps à corps passionné leur foncèrent violemment dessus, envoyant les malheureuses dans le décor.\nJane tendit le bras, tentant vainement d’amortir sa chute. Quelque chose claqua avec un bruit sinistre du côté de son épaule lorsqu’elle s’écrasa lourdement sur le flan.\nSous sa joue, le carrelage mouillé. Dans sa bouche, le goût métallique du sang. Les hurlement des sirènes se mêlèrent bientôt à ceux de Celeste et aux sanglots étouffés de Bonnie. Jane ferma les yeux.\n*\nBONNIE : La bagarre s’est déplacée jusque sur le balcon, c’est à ce moment-là que Madeline et Jane ont été si gravement blessées, les pauvres. Je n’ai pas vu Perry White tomber. Je… Excusez-moi un instant, Sarah. Euh, c’est bien Sarah, pas Susan, n’est-ce pas ? J’ai eu un trou. Désolée, Sarah. Sarah. Un bien joli prénom. Ça signifie « princesse », je crois. Écoutez, Sarah, je dois vraiment aller chercher ma fille maintenant.",
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