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  "text": "Après l’assemblée de Pirriwee, Perry reconduisit Celeste à la maison.\n« Tu as le temps de prendre un café ? demanda Celeste.\n– Je ferais mieux de filer, répondit Perry. J’ai cette réunion à onze heures. »\nElle regarda son profil. Il avait l’air bien. Concentré sur la journée qui l’attendait. Elle savait qu’il avait pris du plaisir à assister à sa première assemblée, à compter parmi les pères présents, à porter son costume d’homme d’affaires dans un monde si éloigné de l’entreprise. Il aimait son rôle de papa, il l’adorait, même ; discuter avec Ed sur ce mode gentiment ironique c’est-fou-comme-on-s’amuse typiquement paternel.\nLes garçons avaient fait rire tout le monde en allant et venant à toute vitesse sur la scène dans leur costume géant de crocodile. Max portait la tête, Josh la queue ; parfois, ils s’élançaient dans des directions opposées, donnant l’impression que le crocodile allait se déchirer en deux. Avant de quitter l’école, Perry avait pris les garçons en photo dans leur déguisement sur le balcon de la salle de réception avec l’océan en toile de fond. Ensuite il avait demandé à Ed de les photographier tous les quatre : les jumeaux qui regardaient l’appareil par-dessous le déguisement, Perry et Celeste accroupis à côté d’eux. Un portrait de famille qui devait déjà être sur Facebook. Celeste avait vu Perry jouer avec son téléphone tandis qu’ils retournaient à la voiture. Qu’avait-il écrit ? La naissance de deux stars ! Les garçons ont fait un tabac dans la peau d’un effrayant croco ! Quelque chose dans le genre.\n« On se voit à la soirée quiz ! » s’étaient-ils tous écriés en se quittant.\nOui, il était de bonne humeur. Tout devrait bien se passer. Il n’y avait pas eu de tensions depuis qu’il était rentré de son dernier voyage.\nMais elle avait vu l’éclair de rage dans ses yeux lorsqu’elle avait dit qu’elle le quitterait s’il signait la pétition en faveur de l’exclusion temporaire de Ziggy. Sa remarque se voulait être une plaisanterie mais elle savait que ce n’était pas l’impression qu’elle avait donnée et que ça avait dû le gêner devant Madeline et Ed qu’il appréciait et estimait.\nQue lui avait-il pris ? C’était sûrement à cause de l’appartement, presque complètement meublé à présent. Résultat, la possibilité de partir l’obnubilait. Je le fais ou je le fais pas ? La question passait en boucle dans son esprit. Je le fais. C’est évident, indispensable. Bien sûr que non. La veille au matin, elle y était passée pour faire les lits avec du linge de maison neuf. Elle y avait pris un plaisir étrangement apaisant, rabattant les draps juste assez pour donner envie de s’y glisser – rendre les choses réalisables. Mais la nuit dernière, elle s’était réveillée à deux ou trois heures dans son propre lit, le poids du bras de Perry sur sa taille, le ventilateur de plafond tournant lentement et, tout à coup, elle avait pensé à ces lits qui ne demandaient qu’à les accueillir, elle et les garçons, et sa conduite l’avait consternée. Comme si elle avait commis un crime. Quelle trahison envers son mari ! Elle avait loué et meublé un appartement. Un acte fou, fourbe, méchant, suffisant.\nMenacer Perry de le quitter signifiait peut-être qu’elle avait besoin d’avouer ce qu’elle avait fait ; elle ne supportait pas le poids de son secret.\nBien sûr, elle l’avait également fait parce que l’idée que Perry, ou quiconque, signe cette pétition la rendait furieuse. Mais surtout Perry. Il avait une dette envers Jane. Une dette familiale. À cause de ce que son cousin avait fait. (Avait peut-être fait, ne cessait-elle de se répéter. Elles n’en étaient pas sûres. Jane avait pu mal entendre son nom. Ça aurait pu être Stephen Banks, pas Saxon Banks.)\nZiggy était peut-être le fils du cousin de Perry. Il se devait d’être loyal envers lui.\nJane était l’amie de Celeste, et même si ce n’était pas le cas, aucun enfant de cinq ans ne méritait d’être la cible d’une chasse aux sorcières.\nPerry se gara devant la maison.\nCeleste en conclut qu’il ne descendait pas.\n« À ce soir, dit-elle en se penchant pour l’embrasser.\n– En fait, j’ai quelque chose à récupérer sur mon bureau », répondit-il en ouvrant sa portière.\nÀ cet instant précis, elle sut. C’était tangible, comme une odeur ou une modification de la charge électrique de l’air. Quelque chose dans la position de ses épaules, la lueur vide d’expression de son regard, la sensation de sécheresse dans sa bouche à elle.\nIl lui ouvrit la porte et la laissa entrer avec un geste raffiné.\n« Perry », dit-elle en se retournant rapidement, tandis qu’il refermait la porte derrière elle, mais soudain, il l’empoigna par les cheveux, les enroula autour de sa main et tira si fort, si incroyablement fort, que la douleur irradia tout son crâne, lui faisant instantanément monter les larmes aux yeux.\n« Si tu me remets dans l’embarras comme ça, ne serait-ce qu’une seule fois, je te tuerai, putain, je te tuerai. » Il resserra son étreinte. « Comment oses-tu ? Comment oses-tu ? »\nIl la lâcha.\n« Je suis désolée, dit Celeste. Tellement désolée. »\nMais elle n’avait pas dû le dire comme il fallait, car il s’approcha d’elle lentement, prit son visage entre les mains comme s’il allait l’embrasser tendrement et frappa sa tête contre le mur.\n« Ça suffit pas. »\nLa froideur et le caractère intentionnel de son geste la plongèrent dans le même état de choc que la première fois qu’il avait levé la main sur elle. C’était surréaliste. Elle éprouva une douleur profondément intime, pareille à un chagrin d’amour.\nTout tanguait autour d’elle, comme si elle était ivre.\nElle se laissa glisser par terre.\nUn haut-le-cœur la secoua, puis un autre, mais elle ne vomit pas. Elle n’avait jamais que la nausée.\nElle l’entendit s’éloigner dans le couloir. Elle se recroquevilla sur le sol, les genoux près de sa poitrine, les mains entrelacées à l’arrière de sa tête qui la lançait cruellement. Elle pensa aux garçons, à leur façon de sangloter lorsqu’ils se faisaient mal : Ça fait mal, maman, ça fait trop mal.\n« Redresse-toi, dit Perry. Chérie, redresse-toi. »\nIl s’accroupit près d’elle, la fit s’asseoir et posa délicatement une poche de glace enveloppée dans un torchon à l’arrière de sa tête.\nTandis que le froid commençait à faire son œuvre, salutaire, elle posa son regard brouillé de larmes sur lui. Son visage d’une pâleur mortelle, ses yeux cernés de croissants violacés et ses traits affaissés lui donnaient l’apparence d’un homme ravagé par une maladie terrible. Il laissa échapper un unique sanglot. Un son grotesque, plein de désespoir, semblable au spasme d’un animal pris au piège.\nElle se laissa tomber sur son épaule puis, serrés l’un contre l’autre, ils se balancèrent d’avant en arrière sur leur parquet lustré en noyer foncé sous leur haut plafond cathédrale.",
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