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  "text": "GABRIELLE : Ensuite, j’apprends que Harper accuse Jane de l’avoir agressée dans la cour de récréation ; plutôt improbable, non ?\nSTU : Harper a fait une scène ridicule. Elle n’avait pas du tout l’air de quelqu’un qui s’est fait agresser. Je ne sais pas. Je venais juste d’apprendre par téléphone qu’une canalisation d’eau avait explosé. Je n’avais pas le temps de m’intéresser à une bagarre de bac à sable entre deux mères.\nTHEA : C’est là que certains parents ont décidé d’en référer aux autorités éducatives.\nJONATHAN : … ce qui a, vous vous en doutez, mis la directrice hors d’elle. Je crois que c’était son anniversaire en plus. La pauvre.\nMRS LIPMANN : Laissez-moi vous dire une bonne chose : renvoyer Ziggy Chapman était hors de question. La seule et unique fois où il a été accusé de violence, c’était à la journée d’accueil et encore, il n’était même pas élève. Pour le reste, cette histoire de harcèlement n’est que conjecture de la part des parents. Si c’était mon anniversaire ? Je n’en sais rien. C’est hors de propos.\nMISS BARNES : Ces parents, ils avaient perdu la tête. Rien ne justifiait qu’on exclue Ziggy. C’était un élève modèle. Pas le moindre problème de comportement. Je n’ai jamais eu à le mettre au coin. À vrai dire, je ne me rappelle même pas lui avoir mis une pastille rouge ! Et il n’a jamais eu de carton jaune.\nLa veille de la soirée quiz\nLe vendredi, Madeline travaillait au théâtre. La plupart du temps, elle ratait donc l’assemblée des élèves. Ed veillait à y faire une apparition si l’un des enfants montait sur scène ou recevait une récompense. Mais ce jour-là, Chloe avait supplié sa mère de venir : les maternelles devaient réciter Le Crocodile et le Dentiste et la fillette avait un vers à dire toute seule.\nLa classe de Fred participait également, en jouant, pour la première fois devant public, un morceau de flûte à bec. Ils devaient interpréter Joyeux anniversaire pour Mrs Lipmann, expérience qui promettait d’être pénible pour tout le monde. (Le bruit courait à l’école que la directrice fêtait probablement ses soixante ans, mais personne ne pouvait confirmer.)\nMadeline avait décidé de faire plaisir aux enfants. Elle rattraperait son travail en débauchant plus tard le lundi suivant, ce qui était désormais possible puisqu’elle n’avait plus à accompagner Abigail à son entraînement de basket-ball. C’était Ed qui emmenait les petits à leur cours de natation ce jour-là.\n« Si ça se trouve, Abigail n’a plus besoin d’aller au basket », dit-elle à Ed en sortant de la voiture avec son gobelet de café. Ils avaient déposé les enfants avant de passer en coup de vent au Blue Blues, comme la plupart des parents qui ne se voyaient pas survivre à un concert de flûte sans une bonne dose de caféine – une aubaine pour Tom. « Son cher père doit l’entraîner lui-même maintenant. »\nEd sourit avec méfiance, sans doute inquiet que sa femme se lance dans une nouvelle diatribe contre Nathan par rapport au cours particulier de maths. Madeline avait un mari patient. Pourtant, elle lui avait trouvé un air absent lorsqu’elle lui avait parlé, un long moment il est vrai, des difficultés d’Abigail en algèbre, du fait que Nathan n’avait jamais été là pour aider sa fille en maths, qu’il ne pouvait donc pas savoir à quel point elle était nulle, et quand bien même il avait toujours eu un bon niveau, ça ne voulait pas dire qu’il était capable d’enseigner les maths, et patati et patata.\n« Joy m’a envoyé un e-mail ce matin », annonça Ed en fermant la voiture. Joy, la rédactrice en chef du journal local. « Elle veut que j’écrive un article sur ce qui se passe à l’école.\n– C’est-à-dire ? Sur la soirée quiz ? » demanda Madeline sans vraiment s’y intéresser. Ed rédigeait souvent de courts textes sur les collectes de fonds organisées par l’école. Elle aperçut Perry et Celeste traverser la rue, main dans la main. Quel beau couple de tourtereaux. Perry marchait légèrement devant, comme pour protéger sa femme des voitures.\n« Non, répondit Ed prudemment. Sur cette histoire de harcèlement. Et la pétition. Un sujet brûlant, d’après Joy.\n– Tu ne peux pas faire ça ! » Madeline s’arrêta net en plein milieu de la chaussée.\n« Ne reste pas sur la route, idiote, fit Ed en la prenant par le bras tandis qu’une voiture arrivait de la plage à toute allure. Un de ces jours, c’est sur la mort d’un piéton sur cette route qu’il faudra que je ponde un article.\n– Ne fais pas ça. La réputation de l’école en souffrirait trop.\n– Je suis toujours journaliste, tu sais. »\nTrois ans plus tôt, Ed avait quitté un poste de premier choix au quotidien national The Australian – certes stressant et chronophage mais beaucoup mieux payé – pour que Madeline puisse recommencer à travailler. Depuis, ils partageaient équitablement les contraintes parentales et Ed ne s’était jamais plaint de son nouveau travail, en vérité assez plan-plan. Il couvrait de bonne grâce compétitions de surf, kermesses et autres célébrations – les cent ans de la doyenne de la maison de retraite par exemple (l’air marin semblait préserver ses pensionnaires). Pour la première fois, Ed laissait entendre qu’il n’était pas entièrement satisfait.\n« C’est un bon sujet, dit-il.\n– Un bon sujet ? N’importe quoi, et tu le sais pertinemment, lui opposa Madeline tandis qu’ils arrivaient au même niveau que Perry et Celeste.\n– Qu’est-ce qui est n’importe quoi, ma chère Madeline ? demanda Perry. Salut, Ed. »\nPerry portait un magnifique costume-cravate de facture italienne, taillé sur mesure, probablement plus cher que la garde-robe complète de son mari – armoire comprise –, songea Madeline. Elle effleura discrètement l’étoffe soyeuse de sa manche et respira le parfum de son baume après-rasage tandis qu’il se penchait pour l’embrasser.\nElle s’imagina un instant le plaisir que ce serait d’être mariée à un homme si élégamment vêtu. Toutes ces textures et couleurs ravissantes, la douceur de la cravate, la fraîcheur amidonnée de la chemise. Bien sûr, Celeste s’intéressait tellement peu aux vêtements qu’elle ne remarquait probablement même pas la différence entre Perry et Ed qui, tout ébouriffé et mal rasé, avait enfilé sa vieille veste en polaire vert olive imprégnée d’une odeur rance par-dessus son tee-shirt. À regarder les deux hommes discuter, elle n’en ressentit pas moins un élan d’affection pour son mari – d’autant plus inattendu qu’elle l’avait trouvé profondément agaçant la minute précédente. Ce devait être lié à l’intérêt sincère qu’il portait à Perry en l’écoutant, ou à sa barbe grisonnante de plusieurs jours qui tranchait avec la mâchoire lisse et lustrée de Perry.\nOui. À choisir, elle préférait de loin embrasser Ed. Ce qui tombait bien.\n« On n’est pas en retard ? On a laissé les garçons au dépose-minute, on ne trouvait pas de place pour se garer, dit Celeste de sa voix nerveuse et inquiète. Ils sont tellement excités que leur père soit là pour cette récitation de poésie.\n– Non, ça va », répondit Madeline tout en se demandant si Celeste avait dit à Perry que son cousin était peut-être bien le père de Ziggy. À sa place, elle l’aurait déjà fait.\n« Tu as vu Jane ? » demanda Celeste, comme si elle venait de lire dans ses pensées.\nPerry et Ed les devançaient.\n« Tu lui as dit… ? fit Madeline à voix basse en désignant Perry d’un mouvement de la tête.\n– Non ! souffla Celeste qui semblait presque terrifiée.\n– De toute façon, Jane ne viendra pas. Tu te souviens, elle a… ce truc. »\nCeleste la regarda, déconcertée.\n« Tu sais, reprit Madeline tout bas. Le rendez-vous. »\nJane leur avait fait jurer de garder le secret à propos du rendez-vous pris pour Ziggy chez le psychologue. « Si les gens l’apprennent, ils en concluront qu’il a fait quelque chose de mal », avait-elle estimé.\n« Oh, oui, bien sûr. Ça m’était sorti de la tête. »\nPerry ralentit le pas pour attendre Celeste et Madeline.\n« Ed vient de me parler de la polémique que suscite cette histoire de harcèlement, dit-il. Il s’agit bien de la petite Klein ? Je connais sa mère par le travail. Enfin, je sais qui c’est.\n– Ah bon ? » dit Madeline, feignant la surprise. Celeste le lui avait déjà dit mais elle trouvait plus prudent de laisser les hommes dans le flou quant au degré d’intimité que leurs femmes partageaient.\n« Est-ce que je dois signer cette pétition si Renata me le demande ? »\nMadeline se dressa de toute sa hauteur, prête à défendre la cause de Jane, mais Celeste la devança. « Perry, si tu signes cette pétition, je te quitte. »\nMadeline émit un petit rire surpris et gêné. Celeste plaisantait, évidemment, mais quelque chose clochait dans la façon dont elle s’était exprimée. Elle semblait tout ce qu’il y a de plus sérieuse.\n« Tu as ta réponse, l’ami ! s’exclama Ed.\n– En effet. » Perry passa son bras autour des épaules de Celeste en souriant et l’embrassa sur le front. « C’est Madame qui commande. »\nCeleste, elle, ne desserra pas les lèvres.\nÀ l’attention de : TOUS LES PARENTS D’ÉLÈVES\nDe : COMITÉ DES FÊTES DE PIRRIWEE\nLa très attendue soirée quiz « AUDREY ET ELVIS » commencera demain à 19 heures tapantes dans la salle de réception de l’école ! Tenez-vous prêts à activer vos méninges dans la joie et la bonne humeur ! Un immense MERCI à Brett Larson, qui animera la soirée et nous a concocté une série de questions pièges pour nous tenir éveillés !\nCroisons les doigts pour que les prévisions météo soient fausses (90 % de chances qu’il pleuve – mais, qu’est-ce qu’ils en savent ?!) et que nous puissions déguster cocktails et canapés sur notre magnifique balcon avant le début de jeu.\nUn GRAND MERCI aussi à tous nos généreux sponsors locaux ! Parmi les lots de la tombola, un superbe assortiment de VIANDES ET JAMBONS gentiment offert par nos amis de la boucherie Pirriwee Perfect Meats, un délicieux PETIT DÉJEUNER pour deux au BLUE BLUES (tu es notre chouchou, TOM !) et un SHAMPOING-BRUSHING au salon HAIRWAY TO HEAVEN ! Waouh !\nN’oubliez pas que l’argent récolté financera l’achat de tableaux interactifs pour nos chères petites têtes blondes !\nAffectueusement,\nFiona, Grace, Edwina, Rowena, Harper, Holly et Helen,\ndu comité des fêtes !\nPS : Mrs Lipmann nous rappelle à tous que pour le confort de nos voisins, nous devrons limiter le volume sonore en quittant les lieux.",
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