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  "text": "En rentrant de chez Madeline, Celeste repensa à sa dernière rencontre avec Saxon et sa femme, Eleni. C’était à Adélaïde, juste avant qu’elle ne tombe enceinte des garçons, à l’occasion du mariage en grande pompe d’un des nombreux cousins de Perry.\nSur le parking de la salle de réception, Perry s’était, tout à fait par hasard, garé juste à côté de Saxon. Les deux hommes, qui ne s’étaient pas vus à l’église, s’étaient précipités l’un vers l’autre, se donnant l’accolade et autres tapes viriles dans le dos, émus aux larmes. Une véritable affection unissait les deux cousins. Frissonnantes dans leur robe de cocktail sans manches, Celeste et Eleni étaient, comme leur mari, impatientes de boire un verre après la longue cérémonie dans l’église froide et humide.\n« Il paraît qu’on mange très bien ici », avait dit Saxon en se frottant les mains. Puis, tandis qu’ils remontaient l’allée pour se mettre au chaud, Eleni s’était rendu compte qu’elle avait laissé son téléphone portable sur un banc dans l’église qui se trouvait à une heure de route.\n« Je vais y retourner. Toi, tu restes, dit Eleni.\nSaxon s’était contenté de lever les yeux au ciel et de répondre : « Hors de question, mon amour. »\nFinalement, Perry et Saxon étaient allés chercher le téléphone ensemble pendant que Celeste et Eleni sirotaient du champagne devant un feu de cheminée crépitant. « Oh là là, si tu savais comme je m’en veux ! » s’était exclamée Eleni tout en faisant signe à un serveur de remplir sa flûte.\nHors de question, mon amour.\nComment un homme qui réagissait avec tant de galanterie, teintée d’autodérision de surcroît, pouvait-il traiter une jeune fille de dix-neuf ans avec tant de cruauté ?\nMais bien sûr, c’était possible. Celeste le savait mieux que personne. (Perry aurait également fait l’aller-retour pour récupérer son téléphone.)\nPerry et Saxon souffraient-ils d’un même trouble psychique génétique ? Certaines maladies mentales sont héréditaires, et les deux hommes étaient nés de vraies jumelles. Sur le plan des gènes, ils étaient plus que des cousins, ils étaient demi-frères.\nÀ moins que, d’une certaine manière, leurs mères les aient détraqués ? Car sous des dehors d’épouses féminines et dociles – Jean et Eileen étaient douces, délicates, elles avaient la même voix enfantine, le même rire cristallin, les mêmes pommettes saillantes – elles régentaient leur monde. Une fois à la maison, leurs maris, des hommes prospères qui donnaient des ordres à longueur de journée, filaient doux.\nC’était peut-être ça, le problème. Dépourvues de ce mélange de douceur et de pouvoir si particulier, Celeste et Eleni étaient trop ordinaires pour être à la hauteur du modèle maternel qu’avaient connu Perry et Saxon.\nDu coup, ils avaient développé ces malheureuses… anomalies de fonctionnement.\nMais ce que Saxon avait fait subir à Jane était bien pire que tout ce que Perry avait pu faire.\nSon mari avait un sale caractère. Rien de plus. Il était sanguin. Versatile. Le stress de son travail, ajouté à l’épuisement et aux perturbations causées par tous ces déplacements à l’étranger, le rendait agressif. Cela ne l’excusait pas, bien sûr. Mais on pouvait comprendre. Ce n’était pas méchant. Pas malveillant. La pauvre Eleni, elle, vivait sans le savoir avec un homme monstrueux.\nCeleste se devait-elle de raconter à Eleni ce que son mari avait fait ? Avait-elle une quelconque responsabilité envers les jeunes filles éméchées et impressionnables que Saxon ramassait peut-être toujours dans les bars ?\nMais, bon sang, elles n’étaient même pas sûres que c’était lui.\nTandis qu’elle actionnait la télécommande de son garage trois places, Celeste embrassa leur somptueuse vue panoramique du regard : les lumières scintillantes des habitations autour de la baie, la présence noire du vaste océan. La porte s’ouvrit tel un rideau qui dévoile une scène éclairée. La voiture roula au pas sans que Celeste ait à manœuvrer.\nElle coupa le contact, réduisant le ronron du moteur au silence.\nIl n’y avait pas de garage dans cette autre vie factice qu’elle préparait. Simplement un parking couvert, avec des places minuscules, séparées par d’énormes poteaux en béton, dans lesquelles il faudrait entrer en marche arrière. Ses feux n’y survivraient pas, elle le savait déjà. Elle était nulle pour se garer.\nRelevant la manche de sa chemise, elle regarda les bleus sur son avant-bras.\nOui, Celeste, reste avec l’homme qui te laisse ces marques pour avoir un super parking.\nElle ouvrit sa portière.\nAu moins, il n’était pas aussi mauvais que son cousin.",
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