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  "text": "STU : Il y a autre chose qui me revient. Une fois, j’ai croisé Celeste White complètement par hasard. J’étais à l’autre bout de Sydney pour le boulot et j’avais besoin de récupérer des bondes neuves pour un client qui avait un problème d’écoulement, bref, je vous passe les détails, je fonce au rayon plomberie dans le magasin Harvey Norman du coin, c’était la semaine de la literie, et là, qui je vois allongée sur un lit double le regard rivé au plafond, Celeste White. Je marque un temps d’arrêt, c’est bien elle, alors je fais : « Salut, toi ! » et là, elle fait un bond de trois mètres, hyper mal à l’aise, à croire que je venais de la surprendre en train de braquer une banque. Je sais pas, j’ai trouvé ça bizarre. Que faisait-elle allongée sur un lit en promotion si loin de chez elle ? Une femme magnifique, vraiment superbe, mais toujours un peu… agitée, je dirais. C’est triste, maintenant que j’y pense. Très triste.\n*\n« Vous êtes la nouvelle locataire ? »\nCeleste sursauta, manquant de faire tomber la lampe qu’elle venait d’acheter.\n« Désolée, je ne voulais pas vous faire peur », dit une femme grassouillette d’environ quarante ans vêtue de sa tenue de gym. Elle sortait juste de l’appartement d’en face, accompagnée de deux fillettes, manifestement des jumelles, qui devaient avoir à peu près le même âge que Josh et Max.\n« Si on veut, répondit Celeste. Enfin, oui, c’est moi. Mais je ne sais pas exactement quand nous allons emménager. Peut-être pas avant un bout de temps. »\nVoilà qui ne faisait pas partie du plan. Parler à des gens. Ça rendait les choses beaucoup trop réelles, pour un projet hypothétique qui ne verrait probablement jamais le jour. Elle ne faisait que caresser l’idée d’une nouvelle vie. Et ce, dans le seul but d’impressionner Susi. Histoire d’arriver à son prochain rendez-vous prête à exécuter son « plan ». La plupart des femmes avaient sûrement besoin qu’on les encourage à passer à l’acte pendant des mois. Elles arrivaient certainement au rendez-vous suivant sans avoir bougé le petit doigt. Celeste, non. Elle faisait toujours ses devoirs.\n« J’ai loué un appartement pour les six mois à venir », annoncerait-elle à Susi. Comme ça, sans détour. « À McMahons Point. De là-bas, on rejoint la City à pied facilement. J’ai une amie qui y travaille. Elle est associée dans un petit cabinet d’avocats. Elle m’a proposé un emploi il y a environ un an. J’ai refusé mais je suis certaine qu’elle pourrait toujours me trouver quelque chose. De toute façon, si ce n’est pas le cas, je pourrais chercher un poste dans le centre. En ferry, c’est rapide.\n– Ouah, dirait Susi en arquant les sourcils. Bravo ! »\nEt pour Celeste, dans la catégorie « femmes battues », félicitations du conseil de classe ! Quelle bonne petite. Obéissante comme tout.\n« Je m’appelle Rose, dit la femme. Et voici Isabella et Daniella. »\nSérieusement ? Elle avait appelé ses filles Isabella et Daniella ?\nLes fillettes lui sourirent poliment. L’une d’elles articula même un « Bonjour ». Aucun doute : des jumelles bien mieux élevées que les garçons de Celeste.\n« Celeste. Enchantée ! » Elle déverrouilla la porte aussi vite qu’elle put. « Je ferais mieux de…\n– Vous avez des enfants ? » demanda Rose. Dans sa voix, la même note d’espoir que dans les yeux de ses filles.\n« Deux garçons. » Elle ne précisa pas qu’ils étaient jumeaux, songeant que l’incroyable coïncidence allongerait la conversation d’au moins cinq minutes. Insupportable.\nElle poussa la porte d’un petit coup d’épaule.\n« N’hésitez pas, si vous avez besoin de quoi que ce soit ! fit Rose.\n– Merci ! À bientôt ! »\nAussitôt, Celeste entendit les jumelles se chamailler, chacune affirmant que c’était son tour d’appeler l’ascenseur. « Oh, pour l’amour du ciel, les filles, faut-il en passer par là à chaque fois ? » La voix de leur mère n’avait plus rien de la courtoisie qui la caractérisait l’instant précédent.\nCeleste ferma la porte derrière elle, aussitôt coupée du bruit du couloir. Isolation acoustique irréprochable.\nDans l’entrée de l’appartement, un mur de carreaux de miroirs, probable vestige d’un ambitieux projet de décoration datant des années soixante-dix et unique fantaisie du lieu par ailleurs totalement neutre. Murs blancs, moquette grise inusable – le produit locatif par excellence. Perry en possédait un certain nombre, probablement du même acabit. Théoriquement, ils appartenaient aussi à Celeste mais elle ne savait même pas où ils se trouvaient.\nSi l’investissement immobilier locatif s’était limité à un achat, elle aurait eu plaisir à s’en occuper. Participer à la rénovation, choisir le carrelage, traiter avec l’agence, répondre avec empressement aux besoins du locataire : « Une réparation ? » « Mais, oui, bien sûr ! »\nElle n’aurait éprouvé aucun malaise à se situer à ce niveau de richesse. Mais l’insondable fortune de Perry lui donnait parfois la nausée.\nIl y avait un je-ne-sais-quoi dans l’expression des gens lorsqu’ils visitaient leur demeure pour la première fois. Dans leur regard lorsqu’ils découvraient l’immensité de l’espace, la hauteur des plafonds, la beauté des pièces aménagées telles des vitrines de musée, témoins de l’opulence de leur vie de famille. Chaque fois, elle oscillait entre fierté et honte d’habiter dans une maison dont le moindre mètre carré criait sans bruit : NOUS SOMMES RICHES. PLUS QUE VOUS, SANS AUCUN DOUTE.\nChaque pièce, aussi belle soit-elle, était une représentation stylisée de leur vie, à l’image des photographies et autres messages que Perry postait en permanence sur Facebook. Oui, il leur arrivait parfois de s’asseoir sur ce canapé qui semblait merveilleusement confortable pour admirer le coucher du soleil avec une coupe de champagne. Véridique. Et parfois, souvent, c’était fabuleux. Mais c’était aussi dans le moelleux de ces coussins que Perry lui avait enfoncé le visage, si bien qu’elle avait cru mourir étouffée. La légende « Super sortie avec les enfants » qui accompagnait cette photo publiée sur son mur ne mentait pas, mais personne n’avait immortalisé la scène qui avait eu lieu une fois les enfants au lit. Celeste saignait trop facilement du nez. Depuis toute petite.\nElle passa dans la chambre principale. Une pièce peu spacieuse où elle installerait un lit double. Elle et Perry dormaient dans un king-size, bien sûr, mais ici, même un lit de taille classique donnerait l’impression d’être à l’étroit.\nElle posa la lampe par terre. Un modèle Art déco en forme de champignon et aux couleurs vives. Elle l’avait achetée pour deux raisons : primo, elle lui plaisait beaucoup, secondo, Perry la détesterait. Il ne l’aurait pas empêchée de se l’offrir si elle y avait tenu, non, mais il aurait grimacé chaque fois qu’il serait passé devant, tout comme Celeste grimaçait lorsqu’il lui montrait des œuvres d’art contemporain lugubres dans une galerie. En conséquence de quoi, il s’abstenait de les acheter.\nLe mariage exige des compromis. « Chérie, si tu aimes vraiment ce style romantico-vieillot, laisse-moi t’offrir une pièce d’époque, aurait-il dit avec tendresse. Pas cet objet de pacotille, cette vulgaire imitation. »\nEt Celeste se sentait personnellement visée par ce jugement.\nElle mettrait le temps qu’il faudrait pour remplir cet endroit d’objets de pacotille. Elle ouvrit un store pour faire entrer un peu de lumière, passa son doigt sur l’appui de fenêtre quelque peu poussiéreux. L’appartement n’était pas sale, mais la prochaine fois, elle apporterait de quoi nettoyer pour le rendre impeccable.\nJusqu’à présent, elle n’avait jamais pu quitter Perry, incapable d’imaginer où elle irait, comment ils vivraient. Sauter le pas lui paraissait impossible. Question de mentalité.\nMais avec cet appartement, elle disposerait de toute une vie clé en main qu’elle pourrait commencer à tout moment. Les lits des garçons seraient faits, le frigo approvisionné, le placard rempli de jouets et de vêtements. Elle n’aurait même pas besoin de faire une valise. Elle aurait un dossier d’inscription à l’école du quartier dûment rempli sous le coude.\nElle serait prête.\nLa prochaine fois que Perry la frapperait, elle ne lui rendrait pas ses coups, ne pleurerait pas, ne s’allongerait pas sur son lit. « Je m’en vais. Maintenant. » Voilà ce qu’elle dirait.\nElle observa ses mains, crispées.\nÀ moins qu’elle ne profite d’un de ses déplacements pour partir. Ce serait peut-être mieux. Elle le lui annoncerait au téléphone. « Tu dois savoir que nous ne pouvions pas continuer ainsi. Quand tu rentreras, nous ne serons plus là. »\nElle ne parvenait pas à imaginer sa réaction.\nSi elle partait vraiment.\nSi elle mettait fin à la relation, la violence prendrait fin également, n’est-ce pas, car il n’aurait plus le droit de la frapper, de même qu’il n’aurait plus le droit de l’embrasser. La violence appartenait à leur intimité, au même titre que le sexe. Tout rapport de ce genre deviendrait inapproprié si elle le quittait. Elle ne serait plus sienne de la même manière. Elle retrouverait son respect. L’entente cordiale. Il serait un ex-mari courtois mais froid. Elle savait déjà que son indifférence la blesserait davantage que ses poings ne l’avaient jamais fait. Il rencontrerait une autre femme. Et rapidement.\nElle emprunta le minuscule couloir et entra dans la chambre destinée aux garçons. Il y avait tout juste assez de place pour deux lits jumeaux côte à côte. Elle leur achèterait de nouvelles housses de couette. Que ce soit joli. Elle soupira longuement, essayant d’imaginer leur mine déconcertée. Oh, mon Dieu. Pouvait-elle vraiment leur faire une chose pareille ?\nD’après Susi, Perry tenterait d’obtenir la garde exclusive des enfants, mais elle ne le connaissait pas. Sa colère, tel un feu de paille, s’embrasait pour retomber aussitôt. (Contrairement à Celeste qui tempêtait, gardait rancune. Telle une harpie, elle se souvenait de tout. Enregistrait chaque scène, chaque parole.) Susi lui avait expressément demandé de commencer à consigner les « mauvais traitements subis ». Mettez tout par écrit, avait-elle dit. Prenez vos blessures en photo. Conservez les comptes rendus médicaux. Cela pourrait s’avérer primordial en cas de procès, ou de simple audience pour la garde. « D’accord », avait répondu Celeste qui n’en avait pourtant pas la moindre intention. Mettre leurs bagarres d’enfants noir sur blanc serait si humiliant. Je l’ai giflé. Il m’a crié dessus. Je lui ai crié dessus. Il m’a poussée. Je l’ai frappé. J’ai eu un bleu. Lui, une éraflure.\n« Jamais il n’essaierait de m’enlever les enfants, avait assuré Celeste. Il voudrait ce qu’il y a de mieux pour eux.\n– Il pourrait penser que le mieux pour eux est qu’ils restent avec lui, avait objecté Susi de sa voix neutre et posée. Les hommes comme votre mari demandent souvent la garde. Ils ont des atouts. L’argent. Les contacts. Vous devez vous y préparer. Votre belle-famille pourrait s’en mêler. Subitement, tout le monde aura un avis sur la question. »\nSa belle-famille. Celeste eut un pincement au cœur. Elle avait toujours aimé faire partie de la tribu de Perry, si nombreuse qu’on ne pouvait pas les compter. Une collection de tantes, une horde de cousins, un trio de grands-oncles grincheux aux cheveux argentés. Elle adorait savoir que Perry n’avait pas besoin de liste lorsqu’il achetait du parfum en duty-free. Il sillonnait la boutique en récitant pour lui-même : Coco Mademoiselle de Chanel pour tante Anita, Issey Miyake pour tante Evelyn… Elle adorait le voir ému aux larmes lorsqu’il étreignait un de ses cousins préférés après une longue séparation. Autant de choses qui semblaient témoigner d’une bonté indiscutable chez son mari.\nLa famille de Perry avait réservé un accueil chaleureux à Celeste dès le premier jour. Comme s’ils avaient senti que sa famille à elle, peu nombreuse et modeste, ne supportait pas vraiment la comparaison avec eux. Qu’ils pouvaient lui apporter quelque chose qu’elle n’avait jamais eu, en plus de l’argent. Quand Perry et les siens donnaient, c’était sans compter.\nLorsque, assise au milieu d’une longue tablée, Celeste dégustait le feuilleté aux épinards de tante Anita en regardant Perry discuter patiemment avec les trois grincheux tandis que les jumeaux se déchaînaient avec les autres enfants, elle le revoyait la frapper, et cette vision qui s’imposait à son esprit semblait appartenir au domaine de l’impossible, du fantastique, de l’absurde – même si la scène avait eu lieu la veille – et à l’incrédulité succédait la honte car, quelque part, elle se savait responsable. Parmi ces gens qui formaient une famille bienveillante et aimante, n’était-elle pas l’étrangère ? Ils seraient consternés de la voir frapper ou griffer leur bien-aimé Perry.\nAucun d’eux ne croirait jamais qu’il pouvait se montrer violent. Celeste n’avait d’ailleurs aucune envie qu’ils le sachent car le Perry qui achetait du parfum pour ses tantes et celui qui s’emportait étaient deux hommes distincts.\nSusi ne connaissait pas Perry. Elle disposait d’autres exemples, d’études de cas, de statistiques, mais elle ne savait pas que les accès de colère de son mari ne constituaient qu’une partie de son être, ils ne le définissaient pas. Perry battait sa femme mais il ne se résumait pas à cela. C’était un homme qui lisait l’histoire du soir à ses enfants en faisant des voix rigolotes, quelqu’un qui s’adressait gentiment aux serveuses. Ce n’était pas un méchant. Il arrivait simplement qu’il se comporte très mal.\nEn pareille situation les femmes redoutaient que leur mari les retrouve et les tue si elles essayaient de partir. Celeste, elle, craignait que Perry lui manque. N’était-ce pas son plus grand plaisir que de le voir abandonner ses bagages et se mettre à genoux, les bras grands ouverts, pour accueillir les garçons qui couraient jusqu’à lui lorsqu’il rentrait de voyage, puis de l’entendre dire : « Laissez-moi embrasser maman, maintenant. »\nLa situation n’était pas simple. Ils vivaient juste un mariage très étrange.\nElle parcourut l’appartement en évitant la cuisine, exiguë et sombre. Préparer un petit plat là-dedans ? Autant ne pas y penser. Elle entendait déjà les enfants gémir : J’ai faim ! Moi aussi !\nDans la chambre principale, elle constata en branchant la lampe au secteur que l’électricité n’avait pas été coupée. Elle s’assit à même le sol et se perdit dans la contemplation de son champignon aux couleurs riches et éclatantes. Elle l’adorait.\nUne fois qu’elle aurait emménagé, elle inviterait Jane et Madeline. Elle leur montrerait sa lampe et elles s’entasseraient sur le minuscule balcon pour boire le thé.\nSi elle quittait Pirriwee, ses promenades matinales avec Jane lui manqueraient. La plupart du temps, elles avaient marché en silence. Comme dans une sorte de communion méditative. Si Madeline s’était jointe à elles, toutes trois auraient bavardé tout du long, mais la dynamique était différente lorsque Celeste et Jane se voyaient seules.\nRécemment, elles avaient l’une comme l’autre commencé à s’ouvrir un peu. Force était de constater qu’en marchant, on pouvait confier des choses qu’on n’aurait probablement pas partagées s’il avait fallu soutenir le regard de l’autre autour d’une table. Celeste repensa au jour où Jane lui avait parlé du père biologique de Ziggy, cet homme répugnant qui l’avait plus ou moins violée. Elle frissonna.\nAu moins, ses rapports sexuels avec Perry n’avaient jamais été violents, même quand ils avaient lieu après des coups, même quand ils faisaient partie de leur étrange et intense manège – se réconcilier, se pardonner, oublier. Il y avait toujours de l’amour dans leurs ébats et c’était toujours très, très agréable. Avant de rencontrer Perry, aucun homme ne lui avait inspiré une attirance aussi forte, et elle savait qu’en le quittant, elle ne connaîtrait plus jamais rien de tel. N’était-ce pas propre à leur couple ?\nFaire l’amour avec Perry lui manquerait. Tout comme vivre près de la plage. Prendre le café avec Madeline. Veiller jusque tard en regardant une série avec son mari. Sa tribu, aussi.\nQuand on quitte un homme, on quitte aussi sa famille, lui avait dit Madeline une fois. Elle faisait allusion à la sœur aînée de Nathan dont elle avait autrefois été proche. Aujourd’hui, elles ne se voyaient quasiment plus. Celeste n’aurait pas le choix : il faudrait renoncer à la famille de Perry comme à tout le reste.\nIl y avait trop à abandonner, trop à sacrifier.\nDe toute façon, ceci n’était qu’un exercice.\nUne simulation destinée à impressionner sa conseillère qui, soit dit en passant, n’y verrait probablement rien d’exceptionnel, car au final, ce n’était qu’une question d’argent. Celeste n’avait pas plus de courage que les autres. Elle avait simplement les moyens de louer et meubler un appartement qu’elle n’occuperait peut-être jamais, et ce avec l’argent que son mari gagnait. La plupart des femmes que Susi conseillait ne disposaient probablement d’aucune ressource, alors que Celeste pouvait retirer de grosses sommes en espèces de divers comptes sans même que Perry s’en aperçoive. Dans le cas contraire, elle pourrait facilement inventer une excuse. Lui raconter qu’une amie avait besoin de liquide. Il ne sourcillerait pas. Il avait toujours proposé plus. Il n’était pas de ces hommes qui enfermaient pratiquement leurs épouses en limitant leurs mouvements et leur accès aux comptes. Celeste était libre comme l’air.\nElle regarda autour d’elle. Dans la chambre, pas de placard intégré. Une armoire serait nécessaire. Comment avait-elle pu rater ça lors de l’état des lieux ?\nLa première fois que Madeline avait vu l’immense dressing de Celeste, son regard s’était illuminé, tel celui d’un mélomane qui écoute un magnifique morceau de musique. « Ceci, vois-tu, est mon rêve devenu réalité. »\nC’était ça, la vie de Celeste : le rêve devenu réalité de quelqu’un d’autre.\n« Personne ne mérite de vivre ainsi », avait dit Susi. Mais elle n’avait pas vu le quart de ce qu’était leur vie. Elle n’avait pas vu l’expression des garçons lorsqu’ils écoutaient les folles aventures de leur père qui grâce à ses super-pouvoirs traversait les océans à l’aube. « Tu ne voles pas pour de vrai, papa. Dis, maman, il vole, papa ? Il vole ? » Elle n’avait pas vu Perry danser le rap avec ses fils ou le slow avec Celeste, l’entraînant sur leur terrasse, face à l’océan éclairé par la lune si basse sur l’horizon qu’il leur semblait qu’elle était là juste pour eux.\nÇa en vaut presque la peine, avait-elle dit à Susi.\nPeut-être même que c’était juste. Quelques coups, ce n’était pas cher payer pour une existence qui sans cette dose de violence serait trop somptueuse, trop romantique, tristement parfaite.\nAlors que diable faisait-elle ici, à organiser son évasion dans le plus grand secret, telle une prisonnière ?",
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