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  "text": "« Y a-t-il des armes chez vous ? demanda la conseillère.\n– Pardon ? dit Celeste. Vous avez dit des armes ? »\nSon cœur battait toujours la chamade d’avoir sauté le pas, d’être là, dans cette petite pièce aux murs jaunes couverts d’affiches colorées émanant du gouvernement avec des numéros d’appel d’urgence. Sur l’appui de fenêtre, une rangée de cactus en pot. Sur le magnifique plancher ancien, du mobilier de bureau bon marché. Les locaux de l’assistance sociopsychologique se situaient dans un cottage colonial au bord de l’autoroute du Pacifique dans la banlieue nord de Sydney. Au siècle dernier, cette pièce avait probablement servi de chambre à quelqu’un qui n’aurait jamais songé qu’aujourd’hui des gens viendraient y partager leurs plus sordides secrets.\nCe matin, Celeste s’était levée convaincue qu’elle n’honorerait pas son rendez-vous. Elle avait prévu de téléphoner pour annuler sitôt les garçons à l’école. Mais, en retournant à sa voiture, elle avait comme malgré elle entré l’adresse du centre dans son GPS et emprunté la route sinueuse de la péninsule, tout en se disant qu’elle allait se ranger sur le bas-côté dans les cinq minutes pour les appeler. Elle présenterait ses plus plates excuses, prétexterait que sa voiture venait de tomber en panne, prétendrait qu’elle reprendrait rendez-vous un autre jour. Pourtant, elle avait poursuivi son chemin, comme en proie à un rêve ou une transe, la tête à mille autres choses – qu’allait-elle préparer pour le dîner ? – puis, avant même de s’en rendre compte, elle s’était retrouvée sur le parking situé à l’arrière de la maison, d’où une femme venait de sortir pour rejoindre une vieille guimbarde blanche en tirant furieusement sur une cigarette. Vêtue d’un jean et d’un tee-shirt court moulant, elle arborait des tatouages qui couraient le long de ses bras maigrelets telles d’affreuses blessures.\nElle s’était représenté le visage de Perry. Son air amusé, supérieur. « Ne me dis pas que tu es sérieuse. C’est tout simplement… c’est tellement… »\nTellement vulgaire. Oui, Perry. Sans conteste. Un cabinet de conseil en pleine banlieue. Spécialisé dans la violence conjugale. Et, d’après leur site web, la dépression, l’anxiété et les troubles alimentaires. Leur page d’accueil comptait à elle seule deux coquilles. Elle l’avait quand même choisi parce qu’il se trouvait loin de Pirriwee ; elle espérait n’y croiser personne. Sans compter qu’elle n’avait pas vraiment eu l’intention d’y aller. Elle avait tout simplement voulu fixer un rendez-vous, montrer qu’elle n’était pas une victime, prouver à un tiers imaginaire qu’elle ne restait pas les bras ballants.\n« Notre attitude est vulgaire, Perry », avait-elle dit tout haut dans le silence de la voiture avant d’éteindre le moteur et de se diriger vers la porte d’entrée.\n« Celeste ? » dit la conseillère pour l’encourager.\nCette femme connaissait son prénom. Cette femme en savait davantage sur la réalité de sa vie que quiconque, à l’exception de Perry. Pour Celeste, c’était comme être dans l’un de ces cauchemars où l’on se retrouve dans le plus simple appareil au beau milieu d’un centre commercial bondé avec pour seule option de continuer à avancer malgré tous les regards braqués sur votre nudité honteuse et choquante. Elle ne pouvait plus revenir en arrière. Elle devait aller jusqu’au bout. Alors elle lui avait raconté. Très vite, les yeux pas tout à fait dans les yeux, d’une voix neutre et profonde, comme elle aurait décrit un symptôme répugnant à un médecin. Cela faisait partie de la vie d’adulte, de la vie de femme, de la vie de mère. Dire des choses gênantes à voix haute. Pas le choix. « Je dois évacuer. » « Je suis dans une relation comme qui dirait violente. » « Comme qui dirait. » Telle une adolescente qui met à distance ses propres mots.\n« Désolée. C’est bien d’armes que vous venez de parler ? » Elle croisa les jambes tout en lissant le tissu de sa robe. Elle avait délibérément choisi une robe somptueuse, rapportée de Paris par Perry. Elle ne l’avait encore jamais portée. Elle s’était également maquillée : fond de teint, poudre, fard à paupières et tout le tremblement. Elle tenait à se placer. Pas au-dessus des autres femmes, non, bien sûr que non, elle ne se sentait pas supérieure, en aucune manière. Mais sa situation n’était pas la même que celle de la femme qu’elle avait vue sur le parking. Elle n’avait pas besoin qu’on lui donne le numéro de téléphone d’un foyer. Ce qu’elle voulait, c’étaient des stratégies pour réparer son mariage, rien de plus. Des tuyaux. Les dix trucs infaillibles pour que mon mari cesse de me battre. Et que j’arrête de lui rendre ses coups.\n« Oui, d’armes. Y a-t-il des armes chez vous ? » La conseillère leva le nez de ce qui devait être une check-list standard. Pour l’amour du ciel, songea Celeste. Des armes ? Que croyait-elle ? Que Celeste vivait dans le genre de maison où le mari gardait un pistolet sans permis sous le lit ?\n« Pas d’armes, répondit Celeste. Mais les jumeaux ont des sabres laser. » Elle se rendit compte qu’elle venait de prendre une voix de jeune fille de bonne famille. Il fallait rectifier le tir.\nElle n’était pas une jeune fille de bonne famille. Elle avait épousé une grosse fortune.\nMunie d’un écritoire à pince, la conseillère sourit poliment et griffonna quelques mots. Elle s’appelait Susi, ce qui semblait trahir un manque de jugement inquiétant. Susi ! Un prénom de go-go danseuse. Pourquoi ne pas préférer Susan ?\nL’autre problème avec Susi, c’était qu’elle avait l’air d’avoir douze ou treize ans et naturellement, comme toutes les gamines de cet âge, elle était incapable de se mettre de l’eye-liner correctement. Le noir avait bavé tout autour de ses yeux. Un vrai raton laveur. Comment cette enfant pouvait-elle la conseiller sur son mariage étrange et compliqué ? N’était-ce pas plutôt à Celeste de lui faire deux ou trois recommandations question maquillage et garçons ?\n« Arrive-t-il à votre partenaire de violenter ou mutiler vos animaux de compagnie ? demanda Susi platement.\n– Quoi ? Non ! Nous n’avons pas d’animaux domestiques, mais ce n’est pas son genre ! » Celeste sentit une vague de colère monter en elle. Pourquoi s’était-elle soumise à une telle humiliation ? Aussi absurde que cela puisse paraître, elle avait envie de crier : Cette robe vient de Paris ! Mon époux conduit une Porsche ! Nous ne sommes pas ce genre de personnes !\n« Perry ne ferait jamais de mal à un animal.\n– Mais il vous en fait, à vous. »\nTu ne sais rien de moi, songea rageusement Celeste. Tu crois que je suis comme la fille aux tatouages mais tu te trompes, tu te trompes.\n« En effet. Comme je vous l’ai dit, occasionnellement, il, nous devenons physiquement… violents. » Sa voix snob se faisait de nouveau entendre. « Mais je vous l’ai déjà expliqué, je dois prendre ma part de responsabilité.\n– Personne ne mérite d’être maltraité, Mrs White. »\nVoilà une phrase toute faite qu’on devait leur apprendre en formation.\n« Oui. Bien sûr. Je le sais. Je ne pense pas que je mérite d’être maltraitée. Mais je ne suis pas une victime. Je lui rends ses coups. Je lui jette des objets à la figure. Voyez, je ne vaux pas mieux que lui. Parfois, c’est moi qui le provoque. Je veux dire, nous sommes juste dans une relation toxique. Nous avons besoin de techniques, de stratégies pour nous aider à… nous arrêter. C’est pour ça que je suis venue. »\nSusi acquiesça lentement. « Je comprends. Pensez-vous que votre mari a peur de vous, Mrs White ?\n– Non. Pas physiquement. Je pense qu’il a probablement peur que je le quitte.\n– Et vous, au cours de ces “incidents”, vous est-il arrivé d’avoir peur ?\n– Eh bien, non. Euh, si, un peu. » Elle voyait bien où Susi voulait en venir. « Écoutez, je sais que certains hommes peuvent être d’une violence terrible, mais pour ce qui nous concerne, Perry et moi, ce n’est pas de cet ordre-là. C’est terrible ! Je sais que c’est terrible. Je ne suis pas folle. Mais, voyez, je n’ai jamais fini à l’hôpital ou quelque chose comme ça. Je n’ai pas besoin d’aller dans un foyer, ou un refuge, je ne sais pas comment vous les appelez. Je suis certaine que vous rencontrez des femmes dans des situations bien pires que la mienne. Je vais bien. Je vais parfaitement bien.\n– Avez-vous déjà eu peur de mourir ?\n– Absolument pas », répondit Celeste sans hésiter.\nPuis elle réfléchit.\n« Euh, juste une fois. J’avais la tête… il m’appuyait la tête dans le coin d’un canapé. »\nElle n’avait pas oublié la main de Perry qui pesait sur son crâne. Son visage enfoncé dans les coussins, son nez écrasé, ses narines bouchées. Elle avait lutté de toutes ses forces pour se libérer, comme un insecte coincé sous un verre. « Je ne pense pas qu’il se rendait compte de ce qu’il faisait. Mais j’ai bien cru pendant quelques secondes que j’allais étouffer.\n– Vous avez dû avoir très peur, dit Susi sur le même ton neutre.\n– Un peu. Je me souviens de la poussière. C’était très poussiéreux. »\nPendant un court instant, Celeste fut sur le point de pleurer. À gros sanglots morveux, de ceux qui vous secouent le corps. Une boîte de mouchoirs en papier trônait tout exprès sur la table basse qui la séparait de Susi. Son mascara coulerait. Elle aurait aussi des yeux de raton laveur, et Susi se dirait : « On n’est plus si distinguée, duchesse ! »\nCeleste s’arracha au gouffre de l’avilissement qui la guettait et détourna les yeux. Elle étudia sa bague de fiançailles.\n« Ce jour-là, j’ai fait ma valise. Mais ensuite… enfin, les garçons étaient si petits. Et j’étais si fatiguée.\n– La plupart des victimes font en moyenne six ou sept tentatives avant de partir pour de bon. » Susi mâchonna l’extrémité de son stylo. « Qu’en est-il de vos fils ? Votre mari a-t-il jamais…\n– Non ! » s’écria Celeste. Une peur panique s’empara d’elle. Dieu du ciel. Quelle folie d’être venue ! Et s’ils la dénonçaient aux services sociaux ? Et s’ils lui prenaient les enfants ?\nElle pensa aux arbres généalogiques que les garçons avaient emportés à l’école ce matin. Aux traits soigneusement tracés qui liaient chacun d’eux à son jumeau, à elle et à Perry. Leur visage éclatant de bonheur.\n« Perry n’a jamais, jamais, levé la main sur les garçons. C’est un père merveilleux. Si je pensais une seule seconde qu’ils étaient en danger, je partirais, je ne les laisserais jamais courir le moindre risque. » Sa voix tremblait. « C’est aussi pour ça que je ne suis pas partie, parce qu’il est tellement gentil avec eux. Tellement patient ! Plus que je ne le serai jamais. Il les adore !\n– Comment pensez-vous… », commença Susi, mais Celeste l’interrompit. Elle tenait à lui faire comprendre ce que les garçons représentaient pour Perry.\n« J’ai eu tellement de mal à tomber enceinte, ou plutôt à mener une grossesse à terme. J’ai fait quatre fausses couches d’affilée. C’était un cauchemar. »\nUn cauchemar de deux ans, pareil à une traversée en haute mer à laquelle Perry et Celeste avaient résisté ensemble, contre vents et marées. Puis ils avaient rejoint la terre ferme. Des jumeaux ! Une grossesse naturelle et des jumeaux ! L’expression de l’obstétricienne lorsqu’elle avait repéré les battements d’un deuxième cœur ne lui avait pas échappé. « Impossible. » Voilà ce que Celeste avait lu dans ses yeux. Mais ils avaient tenu bon jusqu’à la trente-deuxième semaine.\n« Les garçons sont nés prématurés. Alors on en a fait, des allers et retours entre la maison et l’hôpital en fin de soirée pour les biberons. On n’en revenait pas quand on a fini par les ramener à la maison. On restait là, debout dans leur chambre, à les regarder, et puis… c’est-à-dire, ensuite il y a eu ces premiers mois, horribles. Ils ne dormaient pas. Perry a pris trois mois de congé. Il a été formidable. On a traversé cette épreuve ensemble.\n– Je comprends. »\nMais Celeste voyait bien que non. Susi ne se rendait pas compte que Perry et Celeste étaient liés à jamais par leur vécu, leur amour pour leurs fils. Se séparer de lui serait comme s’arracher un membre.\n« D’après vous, quel impact les sévices que vous subissez ont-ils sur vos fils ? »\nCeleste aurait voulu qu’elle arrête d’employer ce mot : sévices.\n« Aucun, aucun impact d’aucune sorte. Ils ne se doutent de rien. Je veux dire, globalement, nous formons une famille normale, aimante, heureuse. Il peut se passer des semaines, voire des mois, sans que rien n’arrive. »\nDes mois ? Voilà qui était probablement exagéré.\nElle commençait à se sentir oppressée dans cette pièce exiguë qui manquait d’air. Elle passa un doigt sur son front. Elle transpirait. Qu’attendait-elle de cette visite ? Pourquoi était-elle venue ? Elle savait qu’il n’y avait pas de réponse. Pas de stratégie. Pas de tuyau ni de technique, bon sang. Perry était Perry. La seule issue, c’était de partir et elle ne s’y résoudrait pas avant que les garçons entrent à l’université. Elle avait déjà pris cette décision.\n« Qu’est-ce qui vous a poussée à venir ici aujourd’hui, Mrs White ? demanda Susi comme si elle lisait dans ses pensées. Vous avez dit que ça avait commencé quand vos enfants étaient encore bébés. Y a-t-il eu une escalade de la violence ces derniers temps ? »\nCeleste essaya de se rappeler pourquoi elle avait pris rendez-vous. C’était le jour du festival d’athlétisme.\nIl y avait eu l’air amusé de Perry lorsque Josh l’avait interrogé sur la marque sur son cou. Puis le sentiment de jalousie qu’elle avait ressenti à l’égard de ses employés de maison lorsqu’elle les avait entendus rire en rentrant de l’école. Suite à quoi elle avait donné vingt-cinq mille dollars à diverses œuvres de charité. « En veine de philanthropie, chérie ? » lui avait dit Perry sur un ton ironique quelques semaines plus tard lorsque le relevé de carte bleue était arrivé par la poste, mais ça n’avait pas été plus loin.\n« Non, pas d’escalade. Je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai fini par prendre rendez-vous. Perry et moi avons vu un conseiller conjugal une fois, mais ça n’a pas… eh bien, ça n’a rien donné. C’est difficile parce qu’il voyage beaucoup pour le travail. Il sera de nouveau absent la semaine prochaine.\n– Il vous manque lorsqu’il n’est pas là ? » Une question qui ne figurait probablement pas sur son formulaire. Peut-être qu’elle était simplement curieuse.\n« Oui, répondit Celeste. Et non.\n– C’est compliqué.\n– En effet. Mais tous les mariages le sont, non ?\n– Oui. » Susi sourit. « Et non. » Son sourire disparut. « Avez-vous conscience qu’en Australie, une femme meurt des suites de violences conjugales chaque semaine, Mrs White ? Chaque semaine.\n– Il ne va pas me tuer. Ce n’est pas de cet ordre-là.\n– Rentrer chez vous aujourd’hui représente-t-il un danger pour vous ?\n– Bien sûr que non. Je ne cours aucun risque. »\nSusi leva les sourcils.\n« Notre relation fonctionne comme une balançoire à bascule. D’abord, l’un de nous deux a le pouvoir, puis, c’est au tour de l’autre. Chaque fois que nous nous disputons, surtout si on en vient aux mains, s’il me fait mal, je récupère le pouvoir. J’ai de nouveau le dessus. »\nElle poursuivit avec un enthousiasme grandissant. Elle avait honte de partager ces choses-là avec Susi, mais quel incroyable soulagement de se confier à quelqu’un, d’expliquer le mécanisme de son mariage, de dire ces secrets à voix haute. « Plus il me fait mal, plus mon ascendant est fort et durable. Et au fil des semaines, je sens que l’équilibre se déplace. Il se sent moins coupable, moins désolé. Les bleus – j’ai la peau qui marque –, les bleus, donc, s’estompent. Il y a des petites choses dans mon attitude qui commencent à l’agacer. Il devient irritable. J’essaie de l’apaiser. Je me mets à marcher sur des œufs mais en même temps, je suis en colère d’avoir à le faire, alors parfois j’arrête et j’y vais franco. Je l’énerve exprès, parce que je suis furieuse contre lui, et contre moi-même de rentrer dans son jeu. Et là, ça explose.\n– Si je comprends bien, en ce moment, c’est vous qui avez le pouvoir. Parce qu’il vous a fait mal récemment.\n– Oui. À vrai dire, je pourrais faire n’importe quoi en ce moment parce qu’il se sent toujours très mal par rapport à la dernière fois. Le coup des Lego. En fait, en ce moment, tout va bien. Plus que bien, même. Et c’est là où le bât blesse, d’ailleurs. Parce que tout va tellement bien que ça en vaut presque… »\nElle s’interrompit.\n« La peine, termina Susi. Ça en vaut presque la peine. »\nCeleste croisa le regard de raton laveur de Susi. « Oui. »\nUn regard qui ne disait rien d’autre que : compris. Susi ne cherchait pas à être gentille, ou maternelle, elle ne savourait pas la délicieuse supériorité de sa propre bonté. Elle ne faisait que s’acquitter de sa mission. Tout comme la femme vive et efficace chargée de vous accueillir à la banque ou à l’agence de télécoms, elle était là pour faire son travail et trouver une solution à votre problème, ô combien épineux.\nElles gardèrent le silence un moment. De l’autre côté de la porte, des chuchotements, la sonnerie d’un téléphone ; plus loin, au-dehors, le bruit de la circulation. Un profond sentiment de paix envahit Celeste. La sensation de moiteur sur son visage s’estompa. Depuis cinq ans, depuis la toute première fois, elle traversait l’existence avec cette honte secrète drapée lourdement autour des épaules, et pendant un court instant, son fardeau cessa de lui peser, et Celeste retrouva en elle la femme qu’elle avait été autrefois. Elle n’avait toujours pas de réponse, ni de porte de sortie, mais pendant ce court instant, elle se sentit comprise.\n« Il recommencera », dit Susi. De nouveau, professionnalisme et détachement. Ni pitié. Ni jugement. Ce n’était pas une question. Elle énonçait un fait pour faire avancer la conversation.\n« Oui. Il y a aura d’autres coups. Il me frappera. Je lui rendrai ses coups. »\nIl y aura d’autres jours de pluie. D’autres jours où je me sentirai mal. Mais n’ai-je pas le droit de profiter des bons moments tant qu’il y en a ?\nMais alors, pourquoi suis-je venue ici ?\n« À présent, ce que je voudrais évoquer avec vous, c’est l’idée de trouver un plan », dit Susi. Elle changea de page.\n« Un plan.\n– Un plan. Un plan pour la prochaine fois. »",
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